Christ notre prêtre, et le pastorat masculin

[Crédits d’image: Chris Koelle]

Jeudi, j’ai proposé un argument pour le pastorat exclusivement masculin basé sur l’office de roi de Christ. Je le continue aujourd’hui en proposant le même argument basé autour de l’office de prêtre. Le raisonnement est basiquement le même :

  1. L’office de pasteur doit être à l’image de Christ.
  2. Christ a un office de prêtre.
  3. L’office de prêtre est exclusivement masculin.
  4. DONC le pastorat doit être exclusivement masculin.

Le raisonnement est sain, ce qui signifie que si les prémisses sont vraies, alors la conclusion est vraie. Maintenant voyons dans la Bible pour voir s’il en est ainsi.

L’office de pasteur doit être à l’image de Christ

Que le pasteur ressemble à Dieu a déjà été argumenté à la question précédente. Je me contenterais ici de rappeler les références sur lesquelles je m’appuie : 1 Pierre 5.3 surtout, mais aussi Tite 1.7-9, 1 Corinthiens 11.1 et le bon sens que nous avons tous (comment peux-tu nous enseigner Christ si ta vie n’est pas en conformité avec Christ ?)

Christ est prêtre

Je fais ici référence à « prêtre » selon le sens de la tradition réformée. On retrouve cela dans la question 31 du catéchisme de Heidelberg :

Pourquoi est-il appelé Christ, c’est-à-dire Oint ?

Parce qu’il a été ordonné de Dieu le Père, et oint du Saint-Esprit pour être notre Souverain Prophète et docteur: c’est lui qui nous a pleinement révélé le conseil secret et la volonté de Dieu pour notre rédemption;

pour être notre unique Souverain Sacrificateur: c’est lui qui nous a rachetés par le seul sacrifice de son corps et qui intercède continuellement pour nous auprès du Père;

et pour être notre Roi éternel: c’est lui qui règne sur nous par sa Parole et par son Esprit et qui nous garde et maintient dans la rédemption qu’il nous acquise. -Heidelberg Q31

L’article de la semaine dernière était sur ce dernier item, celui de cette semaine sur le deuxième.

Sur quelles fondations bibliques reposent ces affirmations ? Hébreux 10.11-14 est l’exemple le plus clair :

Tout prêtre se tient à son poste chaque jour pour faire son service et offrir maintes fois les mêmes sacrifices, qui ne peuvent jamais ôter les péchés. Mais lui, après avoir présenté un seul sacrifice pour les péchés, il s’est assis pour rester à perpétuité à la droite de Dieu, et il attend désormais que ses ennemis lui soient donnés pour marchepied. Par une seule offrande, en effet, il a porté à leur accomplissement, à perpétuité, ceux qui sont consacrés.

Il y a aussi le Psaume 110.4 « Le SEIGNEUR l’a juré, il ne le regrettera pas : Tu es prêtre pour toujours, à la manière de Malki–Tsédeq. » cité et repris en Hébreux 7.17 et 21. Cela suffira.

Qu’est ce que cela signifie? Je me tourne maintenant vers la tradition réformée, et plus précisément le commentaire du catéchisme de Heidelberg par Zacharias Ursinus (que je traduis en ce moment). En guise de définition générale, il définit le mot prêtre de la façon suivante : « En général, un prêtre est une personne appointée par Dieu, dans le but d’offrir des actions de grâce et des sacrifices, pour intercéder et enseigner les autres. » Et il en vient à définir ainsi la prêtrise de Christ :

Il y a donc quatre parties principales de la charge sacerdotale du Christ :

1.Enseigner les hommes, et cela d’une manière différente de toutes les autres qui sont appelés à agir comme prêtres ; car il ne se contente pas de parler à l’oreille par sa parole, mais incline efficacement le cœur par son Esprit Saint.

2.Offrir un sacrifice pour les péchés du monde.

3.Prier et intercéder continuellement pour nous auprès du Père, afin qu’il nous reçoive en sa faveur par son intercession et sa volonté, par l’efficacité perpétuelle de son sacrifice, et qu’il ait la promesse d’être entendu par rapport à ce qu’il demande.

4.Appliquer son sacrifice à ceux pour qui il intercède, c’est-à-dire recevoir en faveur de ceux qui croient, et le faire passer afin que le Père les reçoive, et que la foi soit faite dans leurs cœurs, par laquelle les mérites du Christ leur soient rendus, afin qu’ils soient régénérés par le Saint Esprit pour la vie éternelle.

J’anticipe un peu, mais si j’ai raison et que la prêtrise est exclusivement masculine, alors cela veut dire que l’enseignement aussi, car l’enseignement est la tâche du prêtre et non du prophète (et encore moins celle d’un « docteur » calqué sur le modèle académique). Vous comprenez mieux maintenant l’interdiction de Paul. Cela répond aussi à ceux qui étaient troublés par le fait que Alastair Roberts utilisait le mot « sacerdoce » pour parler de l’enseignement. Fin de la digression.

Christ est donc prêtre, selon la définition donnée juste au-dessus. Pour plus de détails, je vous renvoie vers Turretin, Instituts de Théologie Elenctique volume 2, sujet 14 question 9.

L’office du prêtre est exclusivement masculin

Cela apparaît par les arguments suivants :

  • Toutes les prêtrises de l’ancien Testament sont exclusivement masculines, et Dieu insiste beaucoup dessus. Qu’il s’agisse de la prêtrise « ordinaire » d’Aaron, ou même celles « extraordinaires » de Moïse ou Mélchisedek, ce ne sont que des hommes.
  • Dans le nouveau Testament la prêtrise d’Aaron a été remplacée certes, mais par celle de Christ, dont il est dit : « De plus, les prêtres se sont succédé en grand nombre, parce que la mort les empêchait de demeurer ; mais lui, parce qu’il demeure pour toujours, il possède un sacerdoce inaliénable. » Hébreux 7.23-24 Autrement dit : la prêtrise du Nouveau Testament jusqu’à nos jours est toujours masculine puisqu’elle est uniquement en Christ.
  • Cela correspond à une constante dans l’Ecriture, où l’on se rend compte que seuls les hommes peuvent être représentants des leurs devant Dieu. C’est ainsi qu’Adam est tenu à lui seul responsable de tous les péchés de l’humanité. C’est ainsi que Dieu a passé alliance avec Abraham, mais aussi Sarah à travers lui, ainsi que le montre son rejet d’Ismaël au profit d’Isaac, d’Agar au profit de Sarah. Et pourtant il continue de se nommer « Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob ». Or être représentant des siens, c’est être prêtre des siens. Donc seuls les hommes peuvent être prêtres.

Objection : Il est écrit « Vous êtes un sacerdoce royal » en parlant de l’Eglise toute entière en 1 Pierre 2.9. Or l’Eglise contient les femmes. Donc le sacerdoce de Christ s’étend aux femmes. Réponse : Contre cela, il y a le témoignage de Hébreux 7.24, qui affirme que le sacerdoce de Christ est inaliénable, ce qui veut dire qu’il ne peut être cédé à personne d’autre que lui-même. Ce que dit l’apôtre Pierre n’est vrai que par participation, dans le sens où nous reflétons un aspect de Christ par notre vie chrétienne, et notamment nos prières et intercessions. Mais la possession réelle de la prêtrise n’est entre les mains d’aucun humain, sinon Christ.

Conclusion

Le pasteur a une fonction de prêtre sur son église, et cette fonction exclusivement masculine. Par conséquence directe et nécessaire, nous devons dire alors avec Paul : « J’interdis à la femme d’enseigner » car l’enseignement fait partie de l’office sacerdotal.

Objection: Nous rejetons à raison la conception romaine de la prêtrise, qui fait du pasteur de l’assemblée un prêtre, au mépris de la lettre aux Hébreux. Or, le raisonnement de cet article rétablit le pasteur comme prêtre de son assemblée. Nous pouvons donc ignorer les conclusions de cet article. Réponse: Nous rejetons l’idée que le pasteur/prêtre apporte l’assemblée devant Dieu, mais nous n’avons pas rejeté la seconde partie du sacerdoce, où le pasteur apporte Dieu à l’assemblée. C’est ce qui est enseigné par la confession de foi de la Rochelle, article 25:

Parce que nous ne connaissons Jésus-Christ et toutes ses grâces que par l’Evangile, nous croyons que l’ordre de l’Eglise, qui a été établi par l’autorité du Christ, doit être sacré et inviolable, et que, par conséquent, l’Eglise ne peut se maintenir que s’il y a des pasteurs qui ont la charge d’enseigner.[…]

Par conséquent, nous réprouvons les esprits chimériques qui voudraient bien, autant qu’ils peuvent, anéantir le ministère de la prédication de la Parole de Dieu et des Sacrements. – Confession de foi de la Rochelle, article 25

Ils se basent pour cela sur Romains 10.14-17 et 2 Corinthiens 5.20 (pour les plus pertinents). Selon cette logique, le pasteur est un ambassadeur de Dieu auprès de son assemblée, celui qui lui amène la Parole même de Dieu, et qui offre les sacrements qui sont les signes visibles du Sacrifice de Christ. Ces deux éléments sont définitivement sacerdotaux. Si cela vous paraît étranger, c’est parce que nous avons développé un autre modèle de pastorat.

Objection : L’enseignement appartient aussi aux prophètes, et l’office de prophète est ouvert aux femmes, comme le montrent l’exemple de Déborah, Anne, les filles de Philippe. Réponse : Il est utile de citer ici à nouveau Ursinus :

Objection: Mais si les prophètes et les prêtes enseignaient chacun, ils ne diffèrent pas les uns des autres. Réponse: Ils enseignaient effectivement tous deux le peuple, et pourtant on les distinguait de bien des façons. Les prophètes étaient appelés immédiatement par Dieu, de toutes les tribus, alors que les prêtres étaient ordonnés médiatement depuis la seule tribu de Lévi. Les prophètes enseignaient de façon extra-ordinaire, alors que les prêtres avaient le ministère ordinaire. Les prophètes recevaient leur doctrine immédiatement de Dieu, alors que les prêtres l’apprenaient depuis la loi. Les prophètes avaient les témoignages divins si bien qu’ils ne pouvaient pas errer. Les prêtres pouvaient errer dans leur doctrine, et furent réprouvé par les prophètes.

Appliqués à l’Eglise, dans l’ordinaire de celle-ci, c’est au prêtre –c’est-à-dire au pasteur- d’enseigner de façon régulière, et cet office est exclusivement masculin. L’enseignement du dimanche matin n’est donc pas concerné par la remarque faite en objection.

Objection : Les femmes sont parfois docteurs avec plus de qualifications que le pasteur qui enseigne. Elles sont donc plus aptes à l’enseignement. Réponse : La charge d’enseignement est un attribut de la fonction de pasteur, mais elle n’en est pas l’essence – contrairement à une déformation courante dans nos assemblées. La véritable fonction du pasteur est une fonction sacerdotale, qui selon la volonté de Dieu ne peut être attribuée qu’aux hommes.

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