Christ Roi et le pastorat masculin exclusif

[Crédits d’image: Chris Koelle et son fantastique livre: « Le livre de l’Apocalypse »]

Dans un article précédent, Alastair Roberts défendait l’idée que le pastorat masculin était « essentiel » parce que le sacerdoce (ce mot a beaucoup troublé mais il est adapté) contenait un élément guerrier, qui ne pouvait être représenté que par un représentant du sexe viril. En gros. Le mieux est que vous le relisiez par vous-même. A ceci, j’ai eu l’excellente remarque de notre frère Timothée Minard (qui fait un super boulot sur Bible&Co par ailleurs, que je recommande).

L’idée que le côté guerrier serait un aspect central du « sacerdoce » ne me paraît pas du tout avéré bibliquement. Certes, l’image du soldat est parfois utilisée pour parler du ministère dans le NT, mais c’est le cas aussi pour la vie chrétienne en général. Faudrait-il en déduire que les femmes sont inaptes à la vie chrétienne ? De plus, dans l’AT, ce sont surtout les leaders politiques/royaux qui sont présentés comme de bons combattants. Mais, selon toute vraisemblance, les lévites étaient dispensés de service militaire (d’où le fait qu’ils ne soient pas dénombrés en Nombres 1.47-54). Et Moïse, le prêtre par excellence priait pendant que le peuple combattait. Les qualités requises pour les anciens en Tite 1.7-9 insistent sur le fait que ceux ci ne doivent pas être bagarreurs, coléreux, etc. mais hospitaliers, pondérés…. On est donc loin de l’idée du ministère guerrier.

J’ai ressenti le besoin alors de mieux défendre ce lien, car effectivement il n’est plus évident pour nous. J’articule ma défense selon le syllogisme suivant :

  1. L’office du pasteur est d’être à l’image de Christ auprès de leurs églises.
  2. Christ a des qualités et un office proprement viril.
  3. DONC l’office de pasteur doit être proprement viril.

Le raisonnement est sain, dans le sens où si les prémisses sont vraies la conclusion suit nécessairement. Défendons maintenant chaque prémisse.

L’office du pasteur est d’être à l’image de Christ auprès de leurs églises

Je m’attends à ce que cela soit relativement consensuel, mais à tout hasard je précise mes arguments :

  • Pierre le demande très clairement en 1 Pierre 5.3 « non pas en dominant comme des seigneurs sur ceux qui vous ont été confiés, mais en étant des modèles pour le troupeau ; »
  • C’est ce qui ressort de Tite 1.7-9 et autres passages semblables dans les épîtres pastorales, où les qualités du pasteur sont très semblables à l’exemple de Christ.
  • C’est aussi ce que l’on peut ressortir de la parole de Paul : « Imitez–moi, comme moi–même j’imite le Christ. » (1 Corinthiens 11.1) juste après avoir donné un avis pastoral. Bien que les pasteurs ne soient pas apôtres comme lui, il y a là un exemple à suivre.
  • Enfin, c’est aussi dans la logique de la présidence de l’assemblée, que celui qui enseigne Christ mène son assemblée jusqu’au Seigneur, à la fois par son enseignement et sa conduite exemplaire.

Les pasteurs sont donc images de Christ pour leur assemblée.

Objection : Tous les croyants sont appelés à ressembler à Christ. L’office du pasteur n’a donc rien de particulier au point de pouvoir dire : « les pasteurs sont images de Christ » comme si eux seuls l’étaient. Réponse : Il y a pourtant une distinction entre l’exemple du Christ pour le croyant et pour le pasteur. Les deux ont le devoir de le suivre et le montrer. Mais cette obligation est plus pesante encore pour le pasteur, et il doit être chrétien par excellence, là où un simple fidèle n’a pas cette nécessité légale. Ce genre de distinction est suffisante pour fonder mon raisonnement.

Christ a des qualités et un office proprement viril

La meilleure façon de procéder est ici de rappeler que l’office de Christ pour son église est triple :

Il a plu à Dieu, dans son dessein éternel, de choisir et ordonner le Seigneur Jésus, son Fils Unique, pour être le médiateur entre Dieu et Homme, le Prophète Prêtre et Roi, la tête et le sauveur de son église, l’héritier de toutes choses et le juge du monde. – Confession de Westminster 8.1

L’office de prophète ne semble pas être proprement viril, puisque nous avons les exemples de Déborah, Anne et les filles de Philippe dans l’Ecriture. Celui du prêtre en revanche est constamment considéré comme proprement masculin, comme nous le voyons dans la prêtrise d’Aaron, et l’exemple de Moïse. L’argument d’ailleurs pourrait être développé, mais il requiert un commentaire étendu sur la notion de prêtrise que je ne me sens pas de faire présentement. Je voudrais insister surtout sur le dernier office : celui de Roi qui est proprement viril, et dont le contenu rejoint l’article d’Alastair Roberts.

Pourquoi ajoute-t-on: il siège à la droite de Dieu ?

Parce que le Christ, entré au ciel, s’y manifeste comme le chef de son Église, et que, par lui, le Père gouverne toutes choses.

À quoi nous sert cette seigneurie de notre chef, le Christ?

Premièrement, par son Saint-Esprit, il répand en nous, ses membres, les dons célestes; ensuite, par sa puissance, il nous protège et nous défend contre tout ennemi. – Catéchisme de Heidelberg QQ  50-51

Je renvoie le lecteur vers la question 31 du catéchisme de Heidelberg pour une exposition succinte de ce triple office. Or, comment la Bible représente-elle Jésus comme roi ? Trois témoignages bibliques me semblent très éclairants :

Dans la parabole des talents de Luc, le roi dit en conclusion :

Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez–les ici et égorgez–les devant moi. – Luc 19.27

Dans l’épître aux Colossiens, Paul parle de Christ en faisant référence aux triomphes militaires romains (une affaire très peu féminine).

Il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe. – Colossiens 2.15

Enfin, dans Apocalypse, on le voit en vengeur de l’église :

L’ange jeta sa faucille sur la terre. Il vendangea la vigne de la terre et jeta la vendange dans la grande cuve de la fureur de Dieu. La cuve fut foulée hors de la ville ; du sang sortit de la cuve, jusqu’aux mors des chevaux, sur une étendue de mille six cents stades. – Apocalypse 14.19-20

Ces versets me choquent à deux titres : premièrement en eux-même parce que j’ai gobé le mensonge athée de « l’état thérapeuthe » – ou l’idée que les autorités sont là pour nous cajoler et nous « guérir ». Deuxièmement parce que ces versets sont oubliés de l’église et que notre image de Christ même ne contient plus du tout ce Christus Victor qui était pourtant si fondamental pour les anciens.

Mais que cela me plaise ou non, je dois compter avec le fait que Christ, la tête de l’église est aussi son roi guerrier, le David qui massacre les philistins à la fin des temps.

Objection : Ce n’est pas là une image proprement virile, car des femmes aussi peuvent être guerrières et combattantes. Réponse : Je m’y oppose pour deux raisons :

  1. Il n’y a aucun exemple de femmes guerrières dans la Bible. Déborah n’a pas pris les armes – laissant cela à Barak. Yaël (et pourquoi pas Judith si vous voulez) ont assassiné et non combattu leurs ennemis. Esther a protégé son peuple par l’intrigue et son influence d’épouse, et non comme chef de guerre. En sens inverse, les chefs de guerre dans la Bible sont systématiquement des hommes.
  2. Il y a l’argument d’Alastair Roberts : « Les femmes sont associées aux liens les plus intimes et à la communion de la société. Toute femme, en vertu de son sexe, qu’elle soit mariée ou qu’elle ait des enfants, est porteuse d’une forme d’identité maternelle. La forme même et les processus de base de son corps déclarent cette signification et – encore une fois, qu’elle soit mariée ou non ou qu’elle ait des enfants – tout ce qu’elle fait et tout ce qu’elle est est infléchi et exalté par le fait qu’elle représente cette réalité. C’est dans son corps que le lien du mariage est consommé. C’est dans son corps que se forgent les liens entre parents et enfants. C’est dans son corps que l’enfant grandit et sur son corps qu’il se nourrit. Une société qui honore vraiment cette réalité n’enverra pas les femmes faire la guerre. Une société civilisée valorise et favorise la belle vulnérabilité de ses liens les plus intimes et cherche à les protéger autant qu’elle le peut de la dureté des conflits et des luttes. »

DONC l’office de pasteur doit être proprement viril.

En langage plus ordinaire : le pasteur doit être un homme. Voilà ce qui suit nécessairement des deux prémisses.

Pour rejeter le raisonnement, vous devrez rejeter une de ces deux prémisses :

  • Rejeter l’idée que le pasteur doive être à l’image de Christ, peut être en défendant la suppression de cet office, mais c’est une position risquée bibliquement.
  • Rejeter l’idée que Christ soit Roi de l’église.

Ce qui est intéressant c’est que dans la pratique, nous avons justement gommé ce dernier aspect : nous représentons Christ souffrant, Christ aimant, Christ guérissant, Christ cajolant… mais quand est la dernière représentation du Christ Juge, du Christ Victorieux, du Christ Roi que vous avez vu ? Quand a-t-il été prêché sans modération la dernière fois ?

« Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père »

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