Le vrai scandale d’interdire aux femmes d’être pasteur

Dans l’article précédent, je faisais remarquer que le débat sur le pastorat féminin était rendu confus parce que l’on ne tenait pas assez compte du fait que notre modèle économique anéantit le modèle patriarcal qui est utilisé dans la Bible, si bien que le modèle complémentarien est rendu inaudible voire scandaleux.

Il y a une autre confusion dans ce débat, qui rend la position complémentarienne inutilement scandaleuse et donc difficile à accepter : c’est la vision que nous avons du pasteur. Dans cet article, je montrerais que cette fonction a largement débordé de ce qu’elle devrait être. Le pastorat se trouve associée à elle une telle quantité de pouvoirs et de responsabilités qu’il n’y a plus de place en dehors du pasteur pour une quelconque participation signifiante à l’église. D’où une inutile frustration des femmes, qui voudraient s’engager dans l’église locale mais se retrouverait barrée des responsabilités les plus importantes juste parce que le pastorat serait interdit aux femmes.

Or, le problème ce n’est pas de refuser le pastorat aux femmes. C’est de mettre dans le pastorat ce qu’il ne devrait pas y avoir.

Le modèle protestant historique

Historiquement, la fonction pastorale est clairement définie par l’article 25 de la confession de foi de la Rochelle :

25. Le Ministère de la Prédication et des sacrements.

Parce que nous ne connaissons Jésus-Christ et toutes ses grâces que par l’Evangile, nous croyons que l’ordre de l’Eglise, qui a été établi par l’autorité du Christ, doit être sacré et inviolable, et que, par conséquent, l’Eglise ne peut se maintenir que s’il y a des pasteurs qui ont la charge d’enseigner.

Nous croyons que les pasteurs, quand ils sont dûment appelés et exercent fidèlement leur charge, doivent être honorés et écoutés avec respect, non que Dieu dépendre de tels aides ou moyens inférieurs, mais parce qu’il lui plaît de nous maintenir en un seul corps au moyen de cette charge et de cette discipline.

Par conséquent, nous réprouvons les esprits chimériques qui voudraient bien, autant qu’ils peuvent, anéantir le ministère de la prédication de la Parole de Dieu et des Sacrements

Il y a donc dans la charge pastorale deux composantes et seulement ces deux-là : la prédication du dimanche, et la gestion des sacrements (avec la discipline d’église qui lui est associée). En fin de compte, c’est une fonction principalement cérémonielle. Les tâches politiques/financières? Elles appartiennent aux anciens. Les tâches administratives, de soins, de visite aux malades, de charité fraternelle ? Elles appartiennent aux diacres. Le pasteur quant à lui n’est qu’un personnel support de l’assemblée, une « personne-ressource » pour toute question doctrinale ou de droit ecclésiastique.

En ceci, le modèle protestant historique n’est pas très différent du modèle romain ou oriental, dont le prêtre est historiquement aussi une fonction de cérémonie et de support aux communautés. Tout l’inverse du modèle évangélique actuel.

Le modèle évangélique actuel

Ce n’est pas un modèle qui a été théorisé par quelqu’un, mais qui a simplement été adopté par imitation et développement spontané, si bien que tous verront facilement de quoi je parle, sans pour autant qu’ils l’aient appris de personne. Je cite ici le blogueur Chris Pedersen sur le blog Network :

Il y a quelques années, j’ai lu une partie d’un livre sur le ministère intitulé The New Reformation : Returning to Ministry to the people of God. L’auteur, Greg Ogden, a parlé de la façon dont les églises et les ministres utilisent facilement l’expression « équiper les saints » et « assemblée de pasteurs », mais ce n’est que du bout des lèvres. On parle et on prêche, mais on ne fait pas ce qu’on dit. À un moment donné, il dit ;

« La réalité est que le modèle de dépendance au ministère est fermement ancré dans l’esprit de la plupart des pasteurs et des congrégations. Quel est ce modèle ? Les pasteurs font le ministère, tandis que les gens sont des bénéficiaires plus ou moins reconnaissants de leurs soins professionnels. Les pasteurs sont considérés comme des experts dans les choses spirituelles, tandis que les gens se considèrent comme des objets recevant ce qu’ils ne sont pas qualifiés à donner les uns aux autres. Les experts s’occupent des non-initiés. Dans une image différente, les pasteurs sont les figures parentales omniscientes qui assurent la protection et l’éducation de leurs enfants à charge. Mais dans cette famille, les enfants ne grandissent jamais. Les pasteurs sont enfermés dans un rôle qui favorise la dépendance, parce qu’il y a des attentes personnelles pour ce rôle qui sont devenues partie intégrante de leur identité. Ces attentes sont ensuite renforcées par une congrégation tellement habituée au piédestal de son pasteur qu’elle ne peut imaginer aucun autre rôle. »

Un des plus gros défauts du modèle évangélique est qu’hors du pastorat il n’y a pas d’engagement religieux signifiant. C’est à un pasteur d’exercer toutes les fonctions religieuses, même les plus matérielles. C’est pour cela que dans nos églises, nous avons à présent plus de pasteurs que d’anciens et plus d’anciens que de diacres. Ça, et l’idée étrange que les pasteurs ont une plus grande « autorité spirituelle ». Dans ces conditions, interdire aux femmes d’être pasteurs revient à leur interdire de s’engager dans leur église, leur imposer d’être des sujets spirituellement mineurs.

Je suis d’accord avec les égalitariens : c’est un scandale et une source de légitime indignation.

La solution au débat

Dès lors la solution égalitarienne consiste à autoriser les femmes à être pasteurs. Mais je propose une autre voie du côté complémentarien. (Notez que je considère ici les opinions comme déjà faites) : réformer le pastorat et de manière générale l’organisation de nos églises.

  • Réduire le rôle du pasteur à nouveau à un rôle purement cérémoniel (ce qui ne signifie pas un rôle vide)
  • Cesser de faire des anciens des « pasteurs de second rang » et leur confier très clairement la conduite financière/politique de l’assemblée.
  • Rehausser la fonction de Diacre et leur confier la charge administrative de l’assemblée, en plus du diaconat.
  • Encourager et réhabiliter le diaconat, qui a été sévèrement réduit dans nos églises.
  • Ouvrir le diaconat aux femmes, comme il l’a été dans nos églises occidentales jusqu’au Ve siècle, et les églises orientales jusqu’au XIIe siècle.
  • Transformer en profondeur l’équilibre de nos églises de manière à ce que le centre de notre vie chrétienne ne soit plus à l’église, mais dans nos familles et nos vocations séculières. Cela sera le sujet de mon prochain article.

Assurément, la vision a besoin d’être nuancée voire corrigée. Je suis tout à fait disposé à me faire reprendre. Mon objectif est avant tout de pointer le lecteur vers une voie qu’il n’avait peut-être pas envisagé, charge à vous de vous l’approprier et de l’adapter à votre contexte.

Il est à noter que les points évoqués feraient du bien à toute église, complémentarienne comme égalitarienne. Que le lecteur se l’approprie comme il lui plaira, et que l’Esprit nous donne une Réforme.

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