Les juifs, toujours boucs émissaires de l’Occident

Cet article est la mise par écrit d’une pensée un peu folle qui m’est venue alors que je considérais la thèse de René Girard et que je cherchais des exemples d’application. Il m’a semblé alors que la shoah était un très bon exemple du mécanisme décrit par cet anthropologue catholique, et qu’il en sortait des avertissements pour nous. Que celui qui a des yeux lise.

René Girard sur la violence

René Girard est un anthropologue catholique actif au XXe siècle. Voici le résumé de sa philosophie telle que Henri Blocher la fait :

Le mimétisme souligne d’abord René Girard, caractérise l’espèce humaine. L’homme sait mieux singer que le singe ! On peut y voir un effet de la néoténie, le petit d’homme vient au monde tellement vulnérable et démuni qu’il ne survivra qu’en imitant ceux qui ont réussi à échapper aux agresseurs ; ses instincts le déterminent beaucoup moins que les autres animaux, il a désespérément besoin de modèles.

[…]La découverte décisive de Girard, […] c’est que la tendance à l’imitation, loin de favoriser toujours l’entente et l’union, comme on l’a paresseusement supposé, engendre plutôt le conflit. Si, en t’imitant, je désire l’objet que tu désires, nous sommes rivaux ! Il suffit d’observer les enfants de la nursery pour voir quelles chamailleries sans fin produit ce mécanisme : un enfant veut un jouet qui n’intéressait personne et aussitôt, un autre le veut aussi et ils commencent à se battre… Le mimétisme exaspère le conflit, car chacun imite son double dans la violence de sa revendication. C’est l’escalade, comme les disputes d’automobilistes en donnent l’illustration familière. Cela peut aller jusqu’au meurtre. Quand tout le groupe est engagé, c’est la crise mimétique – celle-ci a dû mener, à l’aube de l’histoire humaine, jusqu’à l’autodestruction de bien des groupes qui n’ont pas dû laisser de traces.

Quelques uns ont réchappé. Comment ? Il arrive que dans l’excitation frénétique de la crise, un individu généralement distingué par un caractère rare (un rouquin, un boîteux…) attire contre lui l’aggressivité de plusieurs et tous, alors s’imitent les uns les autres en lui tombant dessus : c’est le « lynchage » bien avant Charles Lynch. […] L’effet est prodigieux. L’agressivité s’est toute dépensée. Le calme revient. Les frères sont d’accord. Le groupe est sauvé. Les assassins de la pauvre victime en tirent une double conclusion, qui deviendra la Vérité fondatrice de leur histoire, le Mythe qui façonnera leur identité.

Cet individu était à coup sûr coupable, coupable du mal qui menaçait la survie du groupe puisque sa suppression a résolu la crise. Cet individu devait avoir possédé des pouvoirs extraordinaires pour que sa mort ait opéré un si grand miracle : la victime est divinisée.

La violence, une fatalité ? Chapitre 3 (Henri Blocher), p75, éd Excelsis GBU, Collections Terre nouvelle, 2017

Le mimétisme engendre le conflit. La montée du conflit crée un lynchage autour d’une victime innocente appelée bouc-émissaire. L’apaisement suite au lynchage crée une double réaction de culpabilisation et divinisation.

La shoah comme crise mimétique

Maintenant, rappelons vite fait l’Allemagne des années 30. C’est une nation frustrée qui, par mimétisme, veut la même chose que les autres nations. La France veut l’humilier, elle veut humilier la France. La France et l’Angleterre ont un empire colonial, elle veut un empire colonial. Etc

Dans la polarisation qui caractérise l’Allemagne des années 30 une victime vient à être désignée : les juifs qui sont en son sein. On leur attribue différents signes victimaires qui les désignent comme étrangers : religion différente, surreprésentation dans certains métiers… Puis c’est la persécution : lynchage, le calme revient et vient une double réaction, de la part de l’Allemagne comme des autres nations : à la fois une culpabilisation des juifs et une divinisation de ceux-ci – ou plutôt, l’acquisition d’un statut plus élevé que celui des autres nations.

La shoah valide le mécanisme de violence décrit par René Girard.

Pourquoi les juifs sont encore dans le cycle de persécution

La persécution est la partie du processus qui va de la désignation de la victime à la culpabilité/divinisation. Tant que cette victime reste un point de fixation, c’est que la crise mimétique qui est à l’origine de la violence n’est pas terminée. Or, ce que nous remarquons aujourd’hui est que l’antisémitisme aussi bien que le soutien spécifique à Israël est très vivant. Autrement dit : les juifs sont toujours les victimes désignées, les boucs émissaires de l’occident.

Tant qu’Israël ne sera pas « normalisé », et que les juifs ne seront pas une nation comme une autre, les violences ne sont pas à écarter. Cela n’est pas le défaut des juifs –comme s’ils faisaient exprès d’être le sujet de tant de passions. C’est notre défaut à nous, ce n’est qu’en cessant de s’imiter les uns les autres dans notre course à Mammon que l’on pourra relâcher cette pression.

Toujours est-il que la pertinence de la thèse de René Girard est surprenante, et voilà ce que j’avais à partager avec vous.

Conclusion

Comment vivrons-nous en sachant cela ? Plusieurs points, sans ordre particulier :

  • Nous devons arrêter de nous focaliser sur l’anti ou le philosémitisme, et réfléchir en profondeur à pourquoi les juifs sont ainsi désignés comme des victimes. Quelle est donc notre crise identitaire qui fait d’eux des boucs émissaires ? Crier « plus jamais ça », allumer des bougies, porter des vêtements blancs est d’une puérilité profonde si nous ne faisons pas cet effort de réflexion. Et je maintiens que la « crise mimétique » qui crée la persécution des juifs est l’imitation de Mammon et les transgressions économique qui ravagent notre monde.
  • Le plus grand service à rendre aux juifs n’est pas de les protéger, mais de les normaliser. Comme je l’ai assez souligné, même le soutien amoureux à Israël fait partie du mécanisme de violence que constitue la persécution. Que vous cherchiez à tuer ou à protéger l’innocente victime, le problème est de considérer Israël comme une pauvre victime dans un premier lieu ! Ils continuent d’être mis à part de l’humanité, désignés comme une cible (même si c’est une cible à protéger) et donc appelés à être pris pour cible. Je ne dis pas de cesser tout soutien, mais avoir simplement assez de sagesse pour faire la part entre l’amour « de persécution » et l’amour « sincère ».
  • En théologie, prenons garde à ce que nos interprétations ne soient pas trop intoxiquées par ce mécanisme qui prend notre nation entière. Nous y sommes soumis comme à tous les français et avons bâti beaucoup de nouvelles interprétations sur Israël au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Il est temps de les réviser pour voir si elles sont bien conforme à la Bible, ou bien si nous avons été intoxiqué par un « amour de persécution ». Cela ne fera de mal à personne : ni aux juifs qui n’ont pas besoin d’être divinisés, ni aux chrétiens qui n’ont pas besoin de crise mimétique pour aimer les juifs, ni à Israël qui aimerait qu’on lui lâche un peu les basques, ni à la France qui n’a pas besoin qu’on lui désigne un bouc émissaire en ce moment.

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