Que penser de la « violence institutionnelle »?

Alors que nos samedis sont devenus une compétition de boxe entre policiers et gilets jaunes, et que les journaux semblent coincés en mode « panique morale », on voit se développer d’étranges développement autour de la notion de violence, et de sa justification.

A l’Assemblée Nationale, et de manière générale dans les hauts lieux, on ne peut plus commencer un discours sans dire: « je condamne les violences », un peu comme Caton ne finissait pas un seul discours sans dire: « Il faut détruire Carthage ». C’en est presque devenu un marqueur identitaire, voire un outil d’intimidation. Aucun mot en revanche sur l’agressivité constatée des policiers, alors qu’elles produisent des mutilations et des blessures graves. Si ce sont les forces de l’ordre, leur violence est toujours légitime et légale, et donc sans reproche possible, alors que celle qui est faite contre les policiers est forcément illégitime, illégale et donc ouverte à tous les reproches. Voilà pour la vision de la violence côté « d’en haut ».

Du côté des gilets jaunes, on récupère la notion de « violence institutionnelle » qui serait plus grave et plus odieuse que toutes les autres, et justifie par ses excès celle qui est commise par les gilets jaunes. Ce n’est pas une violence condamnable, car elle est déclenchée et purifiée par celle des puissants. Une telle vision a par exemple été exprimée par le chrétien l’Abbé Pierre (et qui me fait penser à l’apôtre Jacques soi dit en passant). Voilà pour la violence « d’en bas ».

Posons nous un instant, et essayons d’examiner chaque objet, puis nous verrons comment nous comporter sur ce point.

La violence des puissants

Le passage le plus clair au sujet de la violence des puissants et des institutions se trouve dans Romains 13:

Mais si tu fais le mal, crains, car ce n’est pas pour rien qu’elle porte l’épée : elle est en  effet au service de Dieu pour faire justice, pour la colère, contre celui qui pratique le mal.

Cependant, dans la Bible même, on admet aussi que le pouvoir que Dieu établit pour « porter l’épée » peut être illégitime et en abuser. A partir de là il y a plusieurs condamnations dans l’Ecriture.

Pour ne pas multiplier les exemples, je ne citerai que Esaïe 1.23-25

Tes chefs sont rebelles et complices des voleurs, tous aiment les pots–de–vin et courent après les récompenses ; ils ne font pas droit à l’orphelin, et la cause de la veuve ne les préoccupe pas. À cause de cela, — déclaration du Seigneur, du SEIGNEUR (YHWH) des Armées, l’Indomptable d’Israël — malheur ! Je tirerai satisfaction de mes adversaires, et je me vengerai de mes ennemis. J’étendrai de nouveau la main sur toi, je passerai au creuset tes scories, comme avec de la potasse, et j’enlèverai toutes tes parcelles de plomb.

On pourra aussi parler du Psaume 81, ou bien Amos 8 (qui condamne plutôt les élites économiques),  Michée 3… C’est assez pour pouvoir dire que les élites peuvent pêcher dans leur exercice même du pouvoir, et que ce péché là est particulièrement détesté de Dieu.

Cette violence justifie-t-elle une riposte?

A la limite, ce point là ne fait pas débat. Personne ne conteste qu’une personne en autorité qui pécherait pécherait plus gravement à cause même de sa position d’autorité. Le vrai nerf de la question est plutôt: la violence des puissants justifie-t-elle la riposte violente des faibles? Le péché des pauvres qui usent de violence est-il couvert par celui des méchants?

En haut de la France, on semble refuser qu’il puisse y avoir un lien entre les deux. Le péché des puissants est celui des puissants, celui des autres est celui des autres, il n’est couvert ni expliqué et n’a aucun lien avec le péché des puissants. Dès lors, on peut condamner à plein coeur et pleine bouche ces boxeurs de CRS, et remettre à plus tard les discussions sur les violences d’en face, puisqu’il n’y a -apparemment- pas de lien logique.

Que peut on dire à partir de la Bible? Ces deux choses:

  1. Chaque violation de la loi de Dieu est un péché, et mérite donc la condamnation de Dieu.
  2. Dieu punit le péché par du péché (Romains 1.28 et suivants).

Il est assez facile de dire que les violences du samedi enfreignent l’esprit du sixième commandement et donc méritent effectivement une condamnation. Mais ce sur quoi nous devons insister, c’est qu’il est juste de dire que les puissants sont responsables du péché des plus faibles. Ainsi, Zacharias Ursinus exposait les effets du péché en disant:

Les péchés des autres hommes sont souvent aussi les effets des péchés actuels, dans la mesure où beaucoup de personnes sont aggravées par les reproches et les mauvais exemples des autres, et sont ainsi attirées et poussées au péché, comme on le dit : « Les mauvaises relations corrompent les bonnes manières. » (1 Cor. 15:33) – Commentaire du catéchisme de Heidelberg, Q7, point 5

Il y a donc un lien logique et éthique direct. Tachons maintenant d’en tirer une conclusion.

Qu’en faire?

Vous condamnez la violence des gilets jaunes? Vous faites bien, mais puisque vous admettez l’effet, ne parlerez vous pas de la cause? Il y en a deux dans leur cas: 1. Le péché des élites dirigeantes qui a amené cet état de tension dans un premier lieu (corruption etc) 2. le péché des élites qui ont ordonné une réponse policière agressive et disproportionnée.

Si vous parlez de la violence des jaunes, vous admettez déjà celle des bleus. Toutes les condamnations des violences de gilets jaunes éclabousse forcément plus haut.

Mais est-ce vraiment ce que nous avons à faire? Des condamnations stériles, voilà tout ce qu’il nous reste à faire?

Dieu à dit: « A moi la vengeance, à moi la rétribution »

Pour cette raison, je refuse de condamner des violences en ce moment. 1. A cause des manoeuvres d’intimidations qui nous y poussent. 2. Parce qu’elle sont partielles et partiales. Le jour où l’on condamnera pour restaurer, j’ouvrirais ma bouche. Mais aussi longtemps qu’il s’agira de prouver sa « pureté républicaine » ce sera sans moi. Le jugement est une chose trop belle pour qu’elle profite aux pharisiens.

A ceux-là, qui s’entêtent au delà de toute logique, je ne laisserais qu’une parole dite par Dieu: « Ta nudité sera exposée, on verra ton déshonneur. J’aurai ma vengeance, je ne me laisserai arrêter par personne. » (Esaïe 47.3)

Et pour le reste: Que Dieu ait pitié de notre nation.

3 commentaires sur “Que penser de la « violence institutionnelle »?

  1. Merci, frère, pour ce nouvel article équilibré, impliqué et impliquant.
    En te souhaitant à nouveau une année 2019 résolument « nouvelle », marquée par la grâce, la bonté et la fidélité, en Jésus-Christ.

    Fraternellement,
    Pep’s

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