Pourquoi notre culture mange de l’évangélique au petit déjeuner

[Ceci est une traduction. Voir l’original]

Un auteur évangélique conservateur était récemment cité dans le Washington Post disant: « Christ était Dieu venu sur Terre, et pour une quelconque raison il décida d’être homme [et non femme] ». Je n’ai pas pu m’empêcher de grincer des dents. « Pour une quelconque raison? » Cela semble implique que la raison pour laquelle Dieu s’est incarné comme mâle est soit un mystère que personne ne peut espérer résoudre, ou bien que l’incarnation sous forme masculine est arbitraire. Peut-être Jésus pouvait accomplir son oeuvre salvatrice tout aussi bien en étant femme! Des phrases comme celle-ci vont droit au coeur de la crise évangélique actuelle de l’autorité – une crise qui se résume à une question: Y-a-t-il un ordre moral et social inclus dans la création, comme les anciens théologiens chrétiens pensaient – un ordre pour lequel Christ est venu afin de le restaurer et le glorifier- ou bien les grâces de salut et de révélation spéciale abolissent-elles l’ordre naturel en faveur de quelque chose sans précédent? Notre trajet vers la nouvelle Jérusalem est-elle dans une certaine mesure un retour à l’Eden, comme Jean semble l’indiquer dans les derniers chapitres de l’Apocalypse, ou bien est-ce un trajet vers quelque chose de complètement étranger à l’Eden, et à ce monde? Dit plus simplement et de façon moins verbeuse, quelles sont les raisons ultimes des règles et révélations de Dieu?

Les implications de notre façon de répondre ont de lourdes conséquences. Par exemple, avons nous besoin de déclarations explicites des Ecritures pour atteindre certaines conclusions morales, ou bien ces conclusions sont-elles évidentes dans la nature et accessible par la raison?  Avons nous besoin de chapitres et de verser interdisant les femmes dans des rôles militaires au combat, les « amitiés spirituelles  » LGBT, la masturbation, la grossesse par autrui, ou pouvons nous conclure quant à ces choses par le raisonnement à partir de l’ordre de la création? Historiquement les catholiques ont dit « oui », produisant un riche corps de théologie naturelle qui donne un cap moral (quand bien même imparfaitement suivi) aux membres de cette communion. Je suggère que la plupart des évangélique, par contraste, ne peuvent pas répondre à cette question, ou bien ils répondront par la négative, croyant que la doctrine de Sola Scriptura exige de « rester silencieux là où l’Ecriture est silencieuse ».

Pour offrir un exemple plus controversé, les évangéliques qui voient mes posts sur les réseaux sociaux à propos des couples volontairement stériles répondent souvent que tous ne sont pas « appelés à la parentalité ». Il y a une superstructure philosophique et des assomptions enfouies sous cette phrase. Elle implique une théologie du mariage comme étant essentiellement un concubinage institutionnalisé, qui est accompli sans même l’intention d’être fertile. Il implique aussi que la parentalité est surnaturelle, plutôt qu’un appel naturel. Au lieu d’être une partie majeure du telos ou but du mariage, c’est un objectif optionnel pour lequel Dieu peut appeler un couple par une révélation nouvelle. Pour bien des évangéliques aujourd’hui il n’y a pas de mandat premier évident dans la création qui nous amène à nous reproduire, et pendant qu’on y est, de faire ou se retenir de faire grand chose. Les rôles, les devoirs, les faits moraux que des générations de chrétiens avant nous considéraient comme auto-évidents rend perplexe aujourd’hui les évangéliques, qui admettent que tout ce que la Bible n’interdit pas est autorisée.

Cela les met dans des postures embarassantes quand vient le moment d’argumenter contre des choses comme le mariage homosexuel. Après tout, si nous avons déjà embrassé le modèle compassionnel du mariage, quelle est la différence entre deux hétérosexuels intentionnellement stériles et deux homosexuels nécessairement stériles? Il est difficile de défendre que le mariage, dépouillé de son telos de procréation, est quelque chose que les sexes complètementaires sont uniquement et exclusivement capables. C’est une des principales raisons pour lesquelles les évangéliques ont perdu la guerre culturelle et légale sur ce sujet. Nous acceptons d’entrée de jeu les prémisses de notre culture, et n’avons pas grand chose en dehors d’une révélation spéciale d’en haut à opposer au chant inexorable du « mariage égalitaire »! Même ces faibles quolibets de deux prises mâles qui ne peuvent pas fonctionner que j’étais si habitué à entendre de la part des chrétiens en grandissant – des argument moches à entendre mais accidentellement avisés basés sur la loi naturelle- sont complètement absent dans le discours évangélique aujourd’hui.

Cet échec à prendre l’ordre de la création au sérieux a mis même des théologiens conservateur dans des postures embarassantes. Je pense à la position proposée par le théologien réformé Carl Trueman, qui définit le « complémentarianisme » comme la doctrine selon laquelle les hommes doivent diriger à la maison et l’église. Parce que Trueman croit que l’Ecriture est inerrante, il ne peut pas éviter les lois positives établies dans le Nouveau Testament à propos des femmes pasteurs et de l’autorité dans le mariage. Alors il admet la vue traditionnelle quand à ceci à cause de l’autorité de l’écriture. Mais partout ailleurs, il argumente en faveur d’une interchangeabilité égalitarienne des hommes et des femmes, ou bien un petit accrochage avec John Piper quant aux femmes policiers, et dans une controverse plus récente autour de la co-animatrice du podcast « Mortification of Spin », Aimee Byrd, qui a écrit un livre appelant à des amitiés plus resserrées entre hommes et femmes, contre des pratiques comme la « Règle Billy Graham ». Pour être franc, les vues de Trueman et Byrd sont de l’orthodoxie bricolée. Quand il décrit les rôles d’autorité et de soumission dans l’église et la maison, l’apôtre Paul en appelle à l’ordre de la création pour soutenir ses conclusions théologiques (« La nature elle-même n’enseigne-t-elle pas… » 1 Co 11.14). Trueman et Byrd, avec un nombre gigantesque d’évangéliques, ne peuvent pas le faire, précisemment parce que la direction masculine est une exception divinement imposée et restreinte à la maison et l’église, plutôt qu’une règle présente dans toute la nature.

Byrd en particulier a fait appel à notre état de gloire dans les Nouveaux Cieux et la Nouvelle Terre comme modèle d’amitiés terrestres entre sexes aujourd’hui. Elle contraste ceci avec le mariage, dont elle fait la remarque qu’ils n’existeront pas après la résurrection. On se demande pourquoi elle n’arrive pas à la conclusion que puisque nos vies doivent imiter celle qui vient, alors nous devrions nous abstenir de nous marier.

Partout où nous nous tournons, les évangéliques semblent être à court de bonnes raisons de s’opposer à la culture séculière sur des sujets en relation avec la nature – sexualité, mariage, reproduction, genre, et le reste. Sur certains sujets, nous avons complètement capitulés quasiment sans s’être battus. L’acceptation large de la crémation (et d’autres alternatives créatives et encore moins respectueuses des corps), la contraception, la fécondation in vitro, et les mères porteuses, et maintenant le vocabulaire « LGBT » et l’étiquette « chrétien gay » en sont d’autant exemples.

En particulier, la volonté des participants dans la conférence Revoice à Saint Louis et des défenseurs de la soi disant « amitié spirituelle » à prendre le cadre d’identité sexuelle de la culture séculière et de l’adapter avec une obligation de célibat (parce que, apparemment, la Bible existe) est un jeu particulièrement dangereux. Ils ont abandonné des siècles d’héritage chrétien sur la compréhension des désirs homosexuels comme intrinsèquement désordonnés, et de les remplacer avec une anthropologie inventée hier et bibliquement bricolée. »Okay » semblent-ils dire « vous pouvez être gay. Ne vous déshabillez pas, c’est tout. » La bêtise de ceci est évidente dans la façon dont les défenseurs de « l’amitié spirituelle » entre chrétiens attirés par le même sexe parlent de ces relations.

Dans une critique du livre de Wesley Hill sur le sujet, Steven Wedgeworth faisait remarquer que les auteurs faisaient référence à la fin des ces amitiés homosexuelles comme une « rupture ». Ron Belgau, qui gère le blog « Spiritual Friendship, décrit l’attente d’une relation avec un homme qui pourrait le comprendre, qu’il pourrait aimer plus que tout, qu’il pourrait présenter à ses parents, avec qui il pourrait danser, acheter une maison, et adopter des enfants – juste ne pas avoir de relations sexuelles avec lui. Wedgeworth tire la conclusion évidente: cela ne ressemble pas à une amitié, pas même une forme très intense de celle-ci. « Cela ressemble à la construction d’un foyer. « L’ami » de Belgau ressemble à une « aide » au sens biblique ».

Toute personne avec ses deux yeux peut voir que ces hommes – qui assurent soutenir la vue historique et orthodoxe sur le sexe et le mariage – sont en train d’importer tout le logiciel séculier avec quasiment aucun changement, et s’attendent à s’arrêter juste à ce qui est explicitement interdit par révélation spéciale. Sans être désinvolte, mais si des hommes gays qui s’identifient comme tels vivent ensemble, dansent ensemble, et adoptent des enfants ensemble, bonne chance pour s’arrêter à la ligne d’arrivée.

La ligne commune qui passe à travers tous ces exemple est l’abandon évangélique de la théologie naturelle, accompagné par une approche bibliciste de la moralité, et une eschatologie sur-réalisée qui s’attend à ce que la grace du salut abolisse la nature humaine. Plus simplement, les évangéliques ont abandonné les catégories qui leur permettrait de prendre des positions éthiques sur des sujets non explicitement abordés dans l’Ecriture. Alors, au lieu de faire appel à la création, comme les auteurs bibliques eux-même le font, les évangéliques modernes sont seuls avec une révélation spéciale sans racines – des commandements isolés trouvés principalement dans les épîtres de Paul sur comment le mariage, l’église et la sexualité devraient fonctionner. Et au lieu de les recevoir comme une restauration de l’ordre naturel de ce monde-ci, le chrétien moyen les lis comme une règle extra-naturelle imposée sur un état naturel autrement sans restrictions.

Quand vous proposez à un évangélique typique une affirmation que les Puritains, les Réformateurs, le Concile de Trente, les scholastiques médiévaux, les Pères de l’Eglise et les Apôtre auraient tous crus inattaquable (exemple: « Un mariage intentionnellement stérile est un péché ») ils vous prendront probablement pour un charmant archaïsme. Si vous remettez en cause la contraception et beaucoup de technologies d’assistance à la reproduction une fois que des couples intentionnellement stériles ont passés leurs années fertiles à s’occuper de chiots, ils vous regarderont probablement comme si vous aviez développé une troisième narine. Les évangéliques, globalement, manque des catégories nécessaires pour rendre un jugement éthique sur ces problèmes. L’idée que la nature nous enseigne des choses sur la moralité, à propos des fonctions prévues de notre corps, du rôle quant aux sexes, ou quand au but de nos institutions est étranger à l’esprit évangélique. Si la Bible n’interdit pas expressément, c’est optionnel. Sola Scriptura enseigne que l’Ecriture est dans sa propre classe par révélation spéciale et normative. Le biblicisme évangélique enseigne (contrairement à la Réforme) qu’il n’y a pas de révélation en dehors des Ecritures.

Combinés avec leur tendance notoire à accorder la priorité aux émotions et aux émotions subjectives, cela laisse les évangéliques particulièrement vulnérables aux théologies révisionniste et aux positions progressistes sur des sujets sur lesquels les chrétiens de toute époques ont toujours été d’accord. Ironiquement, dans leur effort de rester fidèle seulement à l’Ecriture, les évangélique ont adopté une méthode d’interprétation morale fondamentalement différente que celle des auteurs de la Bible. Ces derniers appellent rarement à leur statut d’auteurs inspirés, mais disent de façon répétée à leurs lecteurs de regarder à la création -à l’ordre discernable construit par Dieu dans la nature – et au telos que Christ veut restaurer en nous rendant plus, et non moins humain.

Au final, cette tendance à affirmer des vérités scripturaires « parce que » en les isolant de la théologie naturelle est une tentative d’être -selon l’expression de CS Lewis- « plus spirituel que Dieu ». Mais il en résultera -et il en a déjà résulté- des concessions dramatiques envers la culture anti-chrétienne. Si on n’y prend pas garde, la perte de contact des évangéliques avec la cration et l’ordre naturel dans lequel les vérités révélées prennent sens éroderont rapidement la confiance en la Bible elle-même. Comme tout parent peut vous l’apprendre, des règles arbitraire ne tardent pas à être oubliées.

G. Shane Morris

Original English text Copyright 2018 by the Colson Center for Christian Worldview. The Colson Center is not responsible for the translation of this article. For the original, please visit http://www.breakpoint.org/2018/06/rules-without-reasons-why-the-culture-is-eating-evangelicals-for-lunch/.

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