J’ai 10 ans: Manifeste anti-âgiste

Attention, ce texte est rempli d’âneries et doit être pris au second degré. L’auteur n’est aucunement responsable des références tronqués, tirées par les cheveux, voire carrément fausses qui sont utilisées. Toute ressemblance avec une vidéo récente est tout sauf fortuite.

Ça m’est tombé dessus, comme ça, un matin, en lisant un poème.

« Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps ».

24 ans, marié, ployant déjà sous le stress et les responsabilités, ces quelques mots de René Char m’appelaient brusquement à la liberté.

Mais trop vite, le quotidien, implacable rouleau compresseur, opium du peuple, me repris dans son cirque infernal. Jusqu’au jour où, rentrant du travail, harassé, les factures en tête à payer, j’entendis soudain un son libérateur, un hymne providentiel, s’échapper de la fenêtre d’un voisin. La voix d’Alain Souchon raisonnait dans la rue triste.

« J’ai 10 ans, je sais que ce n’est pas vrai mais j’ai 10 ans… ».

Tout fut clair, en un instant ! Ce coming out, Alain l’avait frôlé, mais je devais, moi, le réaliser.

Mais où trouver les ressources conceptuelles pour structurer mon intuition ?

Dans la French Theory et la critique du genre[1] bien sûr ! Au fil de mes recherches, je découvre ainsi quelques concepts clefs : distinction entre le sexe et le genre, entre l’identité de genre et l’expression de genre.

Je comprends assez vite que le genre est relatif, qu’il n’est qu’une construction, qu’une buée soufflée par la société sur la vitre immaculée qu’est l’homme. On ne naît pas genré, on le devient.

Il ne suffisait plus qu’à appliquer ces concepts à la notion d’âge.

Car si la date de naissance est biologique, l’âge ne l‘est certainement pas : c’est aussi une construction sociale. Dans des tas de pays, les enfants ne savent pas leur âge et ils s’en fichent. Dans certaines peuplades de Papouasie on compte l’âge à partir de la conception, dans d’autres, à partir d’un rite de passage à l’adolescence ! Au Benin, l’homme étant la réincarnation de l’âme d’un ancêtre, il est souvent plus vieux que s’il avait mille ans (Baudelaire, l’Ancien des jours n’aurait pas mieux dit).

Vous l’avez compris, j’ai 10 ans, et je suis un enfant. J’ai le droit comme tous les enfants de mon âge à l’éducation et je demande donc à être inscrit en classe de CM2. Les moqueurs, les âgistes me diront que c’est impossible. Ils iront jusqu’à me dire que scientifiquement mon corps n’est pas celui d’un enfant de 10 ans. Très bien, mais ces ignares n’ont pas compris la différence entre l’identité d’âge et l’expression d’âge ! Je ne suis pas mon corps ! Dans le monde adultriarcal dans lequel nous vivons, tout ce qui relève de l’enfance, la créativité, le jeu, l’innocence est rejeté et balayé d’un revers de main.

C’est chez Rousseau le visionnaire que je trouvais ce qu’il manquait à mon combat émancipateur ! C’est lui qui mieux que les autres a radicalement distingué la pureté enfantine de l’oppression du monde des adultes. Quand il dit que l’homme nait bon, il parle bien sûr de l’enfance. Quand il dit que la société le corrompt, il faut savoir lire entre les lignes : c’est le monde des adultes qu’il conspue. Les voilà, ces génies, ces hommes de science et de lettre : Rousseau, Lewis Caroll, Rilke et bien d’autres : forcés de cacher la plus grande des découvertes au risque d’être accusé d’enfantillage, ou pire…

La société d’adulte, voilà l’ennemi ! Et tous les jours nous récitons sans le savoir, cette triste prière :

« Notre société adultriarcale,

Donnez-nous notre stress quotidien et notre dose d’immonde tofu sans gluten,

Gardez-nous du chômage pour payer nos impôts,

Ne nous laissez pas tomber en Netflixion, mais permettez-nous plutôt de soulever plus de poids à la salle »

Il est temps aujourd’hui de remplacer cette sinistre litanie par l’appel du sage Jésus :

Le ciel appartient aux petits enfants.

J’en appelle donc aujourd’hui, à une nouvelle utopie.

J’ai un rêve : que la France du 21ème siècle soit enfin une cour de récré, un espace de liberté et d’innocence ! Oui, car qui mieux que l’enfant est pleinement libre ? Le dernier des mioches, Nietzsche lui-même n’appelait-il pas à la figure de l’enfant comme créateur de toutes les valeurs ?

Qu’advienne cette France de demain, la France que j’aime où toute personne pourra vivre pleinement ce qu’elle est au fond d’elle-même : femme, homme, vieillard, enfant, noir, blanc, violet, chat, baleine ou homo erectus.

Quant à moi, c’est en jeune lama non-binaire à moitié ouzbèque que (fièrement) je paraderai un jour dans les rues de Paris.

Caleb

[1] « LES CRITIQUES » me diront les puristes et les ayatollahs de la dissémination et de l’éparpillement.

4 commentaires sur “J’ai 10 ans: Manifeste anti-âgiste

  1. Moi le vieux, oui plus de 60 balais, je suis plié en deux par ta faute et non celle de bécassine la bretonne. Je vois que le soleil tape et que nous avons toi et moi besoin de fraîcheur et de rire à plein poumons, seule façon de ne pas manquer d’air. Merci pour ce texte qui ne manque ni souffle, ni inspiration plein de candeur et d’éclat… Dis donc ôte moi d’un doute, aurais-tu lu mon texte https://deconstructionhomme.com/category/themes/anthropologie/ …. Eh bien nous avons bien écrit la même chose….si si … nous avons même, des mots en commun, des expressions partagées….Je pense que nous avons été frappés par les mêmes rayons de soleil mais ne succombant pas à la tentation de Sauron, le prince transhumaniste, seigneur des Nano… Allez tous mes encouragement pour te texte brillant une fois n’est pas coutume… !

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  2. Moi le vieux, oui plus de 60 balais, je suis plié en deux par ta faute et non celle de bécassine la bretonne. Je vois que le soleil tape et que nous avons toi et moi besoin de fraîcheur et de rire à plein poumons, seule façon de ne pas manquer d’air. Merci pour ce texte qui ne manque ni souffle, ni inspiration plein de candeur et d’éclat… Dis donc ôte moi d’un doute, aurais-tu lu mon texte https://deconstructionhomme.com/category/themes/anthropologie/ …. Eh bien nous avons bien écrit la même chose….si si … nous avons même, des mots en commun, des expressions partagées….Je pense que nous avons été frappés par les mêmes rayons de soleil mais ne succombant pas à la tentation de Sauron, le prince transhumaniste, seigneur des Nano… Allez tous mes encouragement pour ce texte brillant une fois n’est pas coutume… !

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      1. Merci infiniment, je ne suis plus sur les réseaux sociaux, mais je suis infiniment heureux que ce travail te plaise… Tu as aussi la liberté de le partager autour de toi et faire connaitre ce site porteur d’une vision de l’homme centré sur Dieu….

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