Le mythe du golem, ou les relations houleuses de l’homme à ses créations

Il y a souvent plus de vérité dans les mythes que dans n’importe quel étude scientifique. Ou plus exactement, la vérité qu’enseignent les mythes a plus de valeur que celle des sciences physique parce que, comme le disait Aristote: « un peu de connaissance sur les choses plus hautes a plus de valeur qu’une connaissance très certaines des choses moindres ». Et la particularité des mythes est de parler des profondeurs de la réalité sous le voile des histoires. Le mythe du Golem est l’un d’entre eux, et un des plus fertiles d’entre eux.

C’est de la tradition juive que nous vient cette histoire: le rabbi Loew de Prague, homme sage et versé dans la kabbale créa à partir de l’argile un golem afin de défendre sa communauté contre les progroms. Il façonna un humanoïde en argile, et écrit sur son front un des noms de Dieu, ce qui communiqua la vie à cette création d’humain. Au départ, le golem fut un bon et fidèle serviteur, mais il manifesta très vite une volonté contraire à celle de son maître ou en tout cas indépendante. Pris de frayeur, le rabbin lui demanda un jour de lacer les noeuds de ses chaussures, et d’un geste de manche effaça le nom divin sur le front de la créature d’argile. La créature s’écroula alors à terre, redevenue simple poussière.

Il existe beaucoup de variations de ce récit. Dans certains cas, la créature échappe au contrôle de son créateur et va massacrer avant d’être finalement contrée. La descendance de ce mythe est très fertile, que ce soit à travers des récits comme celui de Frankenstein, ou bien tous les films dont l’histoire raconte une créature humaine qui échappe à tout contrôle humain et contre laquelle il faut lutter pour anéantir ou regagner le contrôle… Et le golem omniprésent ces dernières années est toujours informatique. On pensera par exemple à Skynet dans Terminator, ou bien la Matrice de Matrix, ou bien encore Ultron dans les Avengers. Toujours ce motif de la création humaine qui échappe au contrôle de l’humain, et ce n’est pas sans raison que j’appelais la peur du robot tueur d’Elon Musk la « peur du golem » dans un épisode des Fils d’Issacar. 

La créature de la créature finit toujours par faire la même chose que la créature du Créateur.

Une peur d’origine spirituelle

Il y a très certainement un commentaire intéressant à faire sur tous les parallèles entre ce mythe du XVIe siècle et les peurs contemporaines autour des IA, soulignant les similitudes et différences, évaluant le risque réel. Mais j’aimerais vous emmener dans une direction différente. J’aimerais vous parler de la peur qu’Adam a qu’on lui fasse un jour ce qu’il a fait à son créateur.

Le mot « golem » fait son apparition dans le talmud, plus précisément le tractate sanhedrin 38b qui est un commentaire du récit de la création humaine. Adam était un golem dans les mains de Dieu, avant qu’il ne reçoive le souffle de vie qui fasse de lui un être vivant. Il avait toute la matière de l’être humain, était quasiment un être humain. Puis vous connaissez la suite: la plus grande créature de Dieu manifesta des signes d’indépendance, puis se retourna ouvertement contre son créateur et vécu en rebelle. C’est ce qui est raconté dans Genèse 3. Alors la création entière se retourna contre lui, elle devint rétive à ses ordres, alors qu’elle avait été faite pour lui obéir. Les animaux de la terre se mirent à être hostile contre lui, et il dut apprendre à se défendre contre les bêtes sauvages alors qu’il était en paix jusqu’ici. Retenez cette malédiction, car je reviendrais dessus tout de suite.

Comme l’homme est à l’image de Dieu, il a cette capacité et ce désir de créer que Dieu a. Il façonne, conçoit, réalise et exécute à son image propre. Il taille des portraits dans la pierre, sculpte des corps humains dans le bois. Il peint ses semblables et essaie dans ses dessins de leur donner vie. C’est un penchant humain naturel, qui est aussi le carburant de notre technologie, qui est l’art de transformer la cause finale des objets autour de lui pour le servir lui. Ni cette volonté de créer, ni cette volonté de transformer ne serait un problème s’il était en communion avec Dieu, mais ce n’est pas le cas.

Deux choses se dressent entre l’homme et ses oeuvres. Deux éléments spirituels font que les oeuvres de l’homme lui échappent et se rebellent contre lui. Le premier d’entre eux est sa propre corruption, qui fait que tout ce qu’il réalise contient une part de corruption, de mal et de destruction. Cette corruption crée est à la fois tournée contre lui et contre la création de Dieu, comme en témoigne la pollution de notre monde.

Le deuxième élément qui joue contre nous est la malédiction que la matière porte en elle-même contre l’humanité. L’homme manipule la matière, mais il n’en est ni le maître ni le propriétaire. Or elle a été maudite et est devenue rétive à ses ordres. Cela se manifeste dans le champ de terre qui ne donne pas une récolte aussi abondante que ce qu’il faudrait, dans l’animal sauvage qui nous fuit ou nous attaque, ou bien dans l’érosion et l’usure des éléments sur nos constructions.

Considérant ces deux éléments, il est normal que nous nous attendions à ce que la plus perfectionnée et la plus puissante de nos créatures, l’Intelligence Artificielle, échappe à notre contrôle et nous attaque.

Une peur mal comprise

Mais cette peur est rendue incompréhensible par le déni de la Chute. Notre athéisme nous laisse à la merci de notre peur et nous rend incapable non seulement d’y faire face, mais de chercher et trouver la seule vraie solution qui s’impose face aux golems. Je l’affirme même crûment: l’athéisme est une faiblesse spirituelle immense qui nous handicape et nous livre à nos pires démons.

Je décrirais dans un autre article comment nous pouvons vaincre nos golems, ou en tout cas les maintenir en sujétion. Spoiler alert: ça à un lien avec Jésus. Mais pour l’heure, restons fermement fixé sur le sujet de notre article.

Les intelligences artificielles ne sont probablement pas les futurs dieux que l’on nous présente parfois (même si certains hommes riches blancs et informaticiens les considèrent comme tels). Mais elles ont effectivement un pouvoir de nuisance, et un pouvoir d’autant plus grand que nous leur laissons du pouvoir et un emplacement stratégique dans nos vies.

Pour développer un rapport sain aux Intelligences Artificielles, il n’y a pas besoin de les supprimer toutes autant qu’elles sont. Il ne faut pas non plus se jeter dans le train de la « silicolonisation » du monde et chercher à rentrer en union hypostatique avec elles. La première des choses à faire, c’est reconnaître et nommer ces créations pour ce qu’elles sont.

Les IA sont des golems, auxquels nous avons déjà donné vie.

5 commentaires sur “Le mythe du golem, ou les relations houleuses de l’homme à ses créations

  1. L’auteur écrit : « Il y a souvent plus de vérité dans les mythes que dans n’importe quel étude scientifique. »
    Cela dépend de quelle science vous parlez.
    Permettez quelques mots sur l’origine de la mythologie. Merci.
    Lors de la première révolte religieuse, le prêtre allait créer un système nouveau d’enseignement fait d’allégories, de paraboles, de symboles, de métaphores. Il allait créer des images, des comparaisons qui signifient autre chose que ce qu’elles expriment.
    Le feu fut mis pour l’esprit et pour l’amour, l’eau pour l’ignorance et l’erreur, le ciel pour le bonheur, etc., etc.
    Tout cela devint le vaste système qu’on appela la Mythologie.
    C’est un tissu d’imagination bizarre, un amas confus de faits destinés à cacher, en les embrouillant, les vérités de l’époque antérieure. Comme tout ce qui est fait par l’homme dans un but de justification, il y règne le plus grand désordre, on n’y trouve aucune chronologie, souvent le même fait est présenté sous différents noms. Dans son ensemble, c’est un assemblage de contes misérables, presque toujours destitué de vraisemblance et digne de mépris. C’est ainsi que les anciennes croyances se perdirent dans les fables du polythéisme.
    Cependant on sait que sous le voile de l’allégorie quelque chose est caché. Ainsi il faut connaître la science primitive pour comprendre le symbole représentant un aigle à tête d’homme ou armé d’une faulx. Pour comprendre aussi le symbole représentant une femme avec un croissant ou une tour sur la tête.
    La Religion qui avait élevé les hommes, purifié les cœurs, nourri les intelligences, ne servit plus qu’à donner à ses ministres une arme de despotisme, une occasion de mensonge.
    Ce sont les premiers pontifes de la Religion, ainsi transformée, qui prirent le nom de « Hermès », mot qui signifie « cacher ». Le Prêtre cacha, c’est-à-dire voila ce que la Prêtresse avait dévoilé. Il revoila, et c’est de ce mot que, par antithèse, on fit révéler. Les Hermès cachèrent la vérité sous des paraboles et des allégories : c’est ce qu’on appela la « Fable ».
    Mais cette histoire faite par l’homme ne fut jamais considérée comme la réalité.
    La Mythologie fit de la Fable elle-même une divinité allégorique, fille du sommeil et de la nuit. On dit qu’elle épousa le mensonge et qu’elle s’occupait continuellement à contrefaire l’histoire. On la représente avec un masque sur le visage et magnifiquement habillée.
    En même temps, on représentait la Fraude avec une tête d’homme à physionomie agréable, et avec un corps de serpent et la queue d’un scorpion.
    On fit de tout cela une science : l’Homologie, qui est l’art de représenter les êtres de raison par des emblèmes, ou par des figures allégoriques. Cette science s’étend à l’explication des images et des monuments antiques.
    Les Prêtres ne veulent plus entendre parler des lois de la Nature que les Femmes ne cessent d’invoquer.
    Ils déclarent que la Nature, c’est le rêve. Maya, qui la représente, qui l’explique, va devenir le symbole de l’illusion. Ce qui est naturel est déjà condamné, le surnaturel va apparaître.
    Le Prêtre va expliquer la Nature par différents systèmes :
    – Le système astronomique qui mettait tout dans le ciel ;
    – Le système psychique qui mettait l’âme hors du corps et la faisait agir immatériellement ;
    – Le système anthropologique qui mettait le féminin dans le masculin, confondant les deux sexes.
    Et tout cela fut entouré de mystères parce que ces dogmes nouveaux soulevaient des protestations.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.fr/
    Cordialement.

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  2. A reblogué ceci sur Phileo-sophiaet a ajouté:

    L’un des articles les plus brillants écrit par l’un des mes amis Etienne OMNES qui aborde la particularité des mythes afin d’aborder les profondeurs de la réalité sous le voile des histoires. Le mythe du Golem est l’un d’entre eux, et un des plus fertiles d’entre eux pour comprendre les fantasmes d’une humanité qui se rêve Dieu.

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