La Cabane ou l’art perdu du discernement évangélique

A l’occasion de la sortie en france du DVD – « La cabane » vendu par Paul et Séphora il m’a semblé important de laisser un mot d’avertissement de Albert Mohler, qui a écrit un article à ce sujet en 2010, lors de la parution du livre. J’ai donc traduit l’article qui suit:

Le monde éditorial voit très peu de livres atteindre le niveau de best-seller, mais La Cabane de William Paul Young est maintenant plus que cela. Le livre, a l’origine auto-publié par Young et deux amis, s’est vendu maintenant à plus de 10 millions de copies et a été traduit en plus de 30 langues. C’est maintenant une des meilleurs ventes papier de tous les temps, et ses lecteurs sont enthousiastes.

Selon Young, le livre était écrit à l’origine pour ses propres enfants. En essence, il peut être décrit comme une théodicée narrative – une tentative de répondre à la question du mal et du caractère de Dieu par le moyen d’une histoire. Dans cette histoire, le personnage principal se remet du kidnapping et du meurtre de sa fille de sept ans quand il reçoit ce qui semble être un convocation de Dieu de le rencontrer dans la cabane même ou la fille de cet homme a été assassinée.
Dans la cabane, « Mack » rencontre la divine Trinité comme « Papa » une femme afro-américaine ; Jésus, un charpentier juif ; et « Sarayu » une femme asiatique qui se révèle comme le Saint-Esprit. Le livre est principalement une série de dialogues entre Mack, Papa, Jésus et Sarayu. Ces conversations révèlent Dieu comme étant très différent du Dieu de la Bible. « Papa » ne juge absolument pas, et paraît très determine à affirmer que toute l’humanité est déjà rachetée.

La théologie de La Cabane n’est pas un accident de l’histoire. En effet, la plupart du temps le récit sert simplement de structure aux dialogues. Et les dialogues révèlent une théologie qui est au mieux hétérodoxe, et hérétiques à bien des aspects sans doute possibles.

Tandis que l’artifice littéraire d’une “trinité” de personnes divines hors convention est en lui-même infra-biblique et dangereux, les explications théologiques sont pires. « Papa » parle à Mack du temps où les trois personnes de la Trinité « parlaient elles-mêmes dans l’existence humaine en tant que Fils de Dieu ». Nulle part dans la Bible il est décrit que le Père où l’Esprit prennent existence humaine. La christologie du livre est confuse de la même façon. « Papa » dit à Mack que, bien que Jésus soit pleinement Dieu, « Il n’a jamais utilisé sa nature divine pour accomplir quoi que ce soit. Il a simplement vécu sa relation avec moi, vivant de la même manière que ce que je souhaite à tout être humain. » Quand Jésus a guéri l’aveugle « il l’a fait comme être humain dépendant, limité, ayant foi dans la vie et la puissance au travail en lui et par lui. Jésus, en tant qu’être humain, n’avait en lui-même aucun pouvoir de guérir qui que ce soit. »

Bien qu’il y ait d’amples confusions théologiques à déballer ici, il suffira de dire que l’église chrétienne a lutté pendant des siècles pour arriver à une compréhension fidèle de la Trinité justement pour éviter ce genre de confusion –comprenant que la foi chrétienne elle-même était en jeu.

Jésus dit à Mack qu’il est « la meilleure façon qu’un quelconque être humain puisse avoir d’être en relation avec Papa ou Sarayu. » Pas le seule façon, mais tout au plus la meilleure façon.

Dans un autre chapitre, « Papa » corrige la théologie de Mack en disant : « Je n’ai pas beosin de punir le péché des gens. Le péché est en lui-même une punition, nous dévorant de l’intérieur. Ce n’est pas mon but que de le punir, c’est ma joie de le guérir. » Sans doute possible, la joie de Dieu est dans l’expiation accomplie par son Fils. Néanmoins, la Bible révèle constamment Dieu comme étant le Juge saint et juste, qui punira en effet les pécheurs. L’idée que le péché soit « sa propre punition » convient au concept oriental de karma, mais pas à l’évangile de Christ.

La relation du Père au Fils, révéléee dans un texte comme Jean 17, est rejetée en faveur d’une égalité d’autorité absolue parmi les personnes de la Trinité. « Papa » explique que « nous n’avons aucun concept d’autorité finale parmi nous, seulement l’unité. » Dans un des paragraphes les plus bizarres du livre, Jésus dit à Mack : « Papa est tout autant soumis à moi que je le suis à lui, ou Sarayu à moi, ou Papa à elle. La soumission n’est pas à propos de l’autorité et ce n’est pas l’obéissance ; c’est intégralement à propos des relations d’amour et de respect. En fait, nous sommes soumis à toi de la même façon. »

La soumission théorisée de la Trinité à un être humain –ou à tout être humain – est une innovation théologique du genre le plus extrême et dangereux. L’essence de l’idolâtrie est l’auto-adoration, et cette notion de Trinité soumise (en un quelconque sens) à l’humanité et idolâtre sans échappatoire.

Les aspects les plus controversés du message de la Cabane tournent autour des questios de l’universalisme, du rachat universel, et de la réconciliation ultime. Jésus dit à Mack : « Ceux qui m’aiment viennent de tous les systèmes qui existent. Ils étaient bouddhistes ou mormons, baptistes ou musulmans, démocrates, républicains, et beaucoup qui ne votent pas ou ne viennent pas le dimanche matin, ou d’institutions religieuses. » Jésus ajoute : « Je n’ai pas le désir d’en faire des chrétiens, mais je veux les rejoindre dans leur transformation en fils et fille de mon Papa, en mes frères et sœurs, mes Biens-Aimés. »

Mack pose ensuite la question évidente : est ce que tous les chemins mènent au Christ ? Jésus répond : « La plupart des routes ne mènent nulle part. Ce que cela signifie est que je voyagerai sur n’importe quelle route pour te trouver. »

Etant donné le contexte, il est impossible de ne pas tirer des conclusions essentiellement universalites ou inclusives sur les intentions de Young. « Papa » gronde Mack et lui dit qu’il est réconcilié avec le monde entier. Marck réplique : « Le monde entier ? Tu veux dire tous ceux qui croient en toi, c’est cela ? » « Papa » répond : « Le monde entier, Mack.»

Mis ensemble, toutes ces citations impliquent quelque chose de très proche de la doctrine de la réconciliation proposée par Karl Barth. Et, même si le collaborateur de Young Wayne Jacobson s’est plaint de la « police doctrinale auto-proclamée » qui a attaqué le livre pour ses enseignements sur la réconciliation ultime, il reconnaît que les premières éditions du manuscrit étaient indûment influencées par « la partialité d’alors » de Young envers la réconciliation ultime – la croyance que la croix et la résurrection de Christ a accompli ici et maintenant la réconciliation unilatérale de tous les pécheurs (et même toute la création) à Dieu.

James B. DeYoung du Western Theological Seminary, un spécialiste du Nouveau Testament qui a connu William Young pendant des années, documente l’adhésion de Young à une forme « d’universalisme chrétien ». La Cabane, conclue-t-il « repose sur le fondation de la réconciliation universelle.

Même si Wayne Jacobson et d’autres se plaignent de ceux qui identifient des hérésies dans La Cabane, le fait est que l’église Chrétienne a explicitement identifié ces enseignements comme tel – des hérésies. La question évidente est celle-ci : Comment se fait-il que tant d’évangéliques chrétien semblent non seulement attirés par l’histoire, mais à la théologie présentée dans le récit – une théologie qui rentre en contradiction sur bien des points avec les convictions évangéliques ?
Les observateurs évangéliques n’ont pas été les seuls à poser la question. Ecrivant dans « The Chroncile of Higher Education, le professeur Timothy Beal de la Case Western University défend l’idée que la popularite de La Cabane suggère que les évangéliques sont en train de changer de théologie. Il cite « les modèles métaphoriques anti-bibliques de Dieu » dans le livre, ainsi le modèle de Trinité « anti-hiérarchique » et surtout, « sa théologie du salut universel ».

Beal affirme qu’aucun morceau de cette théologie ne fait partie de la « théologie évangélique courante », puis ensuite il explique : « En fait, toutes les trois ont leur racines dans le discours théologique académique libéral et radical des années 70 et 80 – un travail qui a considérablement impacté la théologie de la libération et la théologie féministe contemporaine mais jusqu’à maintenant, a eu très peu d’impact sur l’imagination théologique des non-académiques, particulièrement dans la masse religieuse. »

Il demande ensuite: “Que font ces idées théologiques progressistes dans ce phénomène de pulp-fiction évangélique?” Il répond : « Sans que nous le sachions, elles sont présentes aux marges de la pensée évangéliques depuis des décennies. » Maintenant, explique-t-il, La Cabane a introduit et popularisé ces concepts libéraux même parmi les évangéliques courants.

Timothy Beal ne peux pas être qualifié de « chasseur d’hérétique » conservateur. Il se réjouit que ces « idées théologiques progressistes » « trouve leur chemin dans la culture populaire à travers la Cabane ».

De la même façon, écrivant dans Books and Culture, Katherine Jeffrey conclue que La Cabane « offre une théodicée postmoderne, post-biblique. » Alors que son souci principal était la place de ce livre « dans le paysage littéraire chrétien » elle ne peut pas éviter de traiter avec son message théologique.

En évaluant ce livre, on doit garder en tête que la Cabane est un livre de fiction. Mais c’est aussi un long argument théologique, et il ne peut tout simplement pas être nié. Beaucoup de romans remarquables et d’œuvres littéraires ont contenus des théologies aberrantes, et même des hérésies. La question cruciale est est-ce que ces doctrines aberrantes sont des détails de l’histoire ou le message de l’œuvre. Quand on en vient à la Cabane, le fait le plus troublant et que tant de lecteurs sont attirés par le message théologique de ce livre, et manque de voir où il contredit la Bible en tant de points.

Tout ceci révèle un échec désastreux du discernement évangélique. Il n’est pas difficile de conclure que le discernement théologique est maintenant un art perdu parmi les évangélique – et cette perte ne peut que mener à une catastrophe théologique.

La réponse n’est pas de bannir la Cabane ou de l’arracher des mains des lecteurs. Nous n’avons pas besoin d’avoir peur des livres – nous devons être capable de leurs répondre. Nous avons désespérément besoin d’une guérison théologique qui ne peut venir que par la pratique du discernement biblique. Cela requiert que nous identifions les dangers doctrinaux de la Cabane, bien sûr. Cependant, notre vraie tâche est de réhabituer les évangéliques aux enseignements bibliques sur ces questions même, et de déclencher un réarmement doctrinal des croyants chrétiens.

La Cabane est un appel au réveil pour les évangéliques chrétiens. Une évaluation comme celle de Timothy Beal est parlante. La popularité de ce livre parmi les évangéliques ne peut être expliquée que par le manque d’une connaissance théologique de base parmi nous – une faillite à comprendre même l’Evangile de Jésus-Christ. La tragédie de la perte du discernement biblique par les évangéliques doit être tracé jusqu’à une perte catastrophique de connaissances bibliques. Le discernement ne peut pas survivre sans doctrine.

L’article est basé sur le roman et a été publié originellement en 2010.

Albert Mohler est président du Southern Baptist Theological Seminary, l’une des plus grandes écoles de théologie au monde. Théologien d’influence, cité dans de nombreux médias, il est auteur de plusieurs ouvrages et publie régulièrement des article sur son blog.
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