Sommes nous des chrétiens français, ou bien des « étrangers dans la diaspora »?

Une des lettres les plus parlantes pour notre époque est la première lettre de Pierre, qui s’adresse à des groupes de chrétiens dispersés et affreusement minoritaires dans la « diaspora du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce et de la Bythinie ». Dans cette lettre, Pierre n’hésite pas à dire que nous sommes comme des étrangers. Même Jésus a dit: « Vous êtes dans le monde, mais pas du monde. » Alors finalement, sommes nous vraiment apatrides et sans nations?

Depuis le début de ce mois (qui est déjà bien entamé maintenant) nous avons essayé de cerner ce qu’était une nation, à quoi elle servait. Il est temps maintenant de réfléchir à ce que cela veut dire pour nous Église. De la même façon qu’il est important de tracer la limite (très floue) entre Église et État, il est important de pouvoir tracer cette limite entre Église et Nation.

Vous êtes étrangers, mais…

J’ouvrais cet article avec cette citation de l’apôtre Pierre qui dit:

« Pierre, apôtre de Jésus Christ, aux élus qui vivent en étrangers dans la diaspora du Pont, de l’Asie, de la Cappadoce et de la Bythinie » – 1 Pierre 1.1

Il est difficile de faire plus clair dans le texte que cela: aussi bien le mot qui est derrière « étrangers » que le terme diaspora (utilisé à l’époque pour la communauté juive dispersée) renvoie à une séparation nette avec nos pays de naissance. La lettre de Pierre aurait très bien pu être envoyés aux « élus qui vivent en exil (variante) dans la diaspora de France, d’Italie, de Suisse, d’Allemagne et du Royaume-Uni. »

Cependant, l’apôtre Pierre dit plus loin dans cette même lettre:

« Soyez soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain […] Honorez tout le monde; aimez les frères; craignez Dieu; honorez le roi. » 1 Pierre 2.13, 17

Les paroles de Pierre ont peu d’équivoque: soyez soumis au roi comme souverain, honorez le roi… D’un point de vue fonctionnel, ce ne sont pas des étrangers qui agissent ainsi, mais des citoyens au sens plein du mot.

On pourrait donc en conclure que notre identité n’est plus liée à notre nation (comme pourrait l’être celle d’un français non-croyant), mais nos actions se font toujours selon les règles de cette nation. La loi française s’applique bien à moi, citoyen du ciel ou pas.

Le Samaritain et les nations

Nous avons eu par le passé beaucoup de frères sincères qui ont servi fidèlement l’État, et derrière l’État la nation. Je ne parle pas des Richelieu ou des Talleyrand, je parle de frères qui ont cherché à glorifier Dieu en servant fidèlement leur nation. Dois je dire qu’ils ont eu tort de participer à sa direction? Auraient-t-ils dû s’abstenir de venir en aide à leur nation parce que justement ils étaient étrangers à elle?

Ce serait vraiment étrange et ingrat.

Le Nouveau Testament est plein d’encouragements à aider notre prochain. Faut-t-il vraiment les rappeler? Le meilleur exemple que je puisse invoquer est la parabole du Bon Samaritain. Dans ce passage (Luc 10.25-37), Jésus est d’abord confronté à quelqu’un qui lui demande comment avoir la vie éternelle. Jésus lui fait remémorer les deux commandements chrétiens:

  1. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toutes tes pensées.
  2. Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Mais son interlocuteur « cherchant à se justifier lui-même » lui demande alors « qui est mon prochain? » Jésus raconte alors l’histoire d’un israélite qui se fait attaquer par des brigands, puis laissé pour mort. Un prêtre, homme de religion, passe et ne fait rien. Un lévite, homme de loi, passe et ne fait rien. Il faut l’intervention d’un samaritain -l’infâme étranger- pour que cet homme soit soigné et sauvé. La parabole conclut ainsi:

Jésus demande: Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi.  -Luc 10.36-37

Beaucoup de commentaires pourraient être faits de ce passage (et beaucoup ont été faits), mais je vais me concentrer uniquement sur un aspect, en lien avec notre thème mensuel: la différence de nationalité qui est un élément clé de cette parabole est comme subjuguée par le deuxième commandement de Dieu. Elle n’est pas annulée: au contraire toute l’histoire est bâtie sur l’idée que l‘étranger samaritain s’est mieux comporté que les très importants prêtre et lévite. Notez également que la notion de prochain est assez directe: le samaritain n’est pas pris en exemple parce qu’il a envoyé de l’argent pour creuser des puits en Mésopotamie, mais pour être venu en aide à celui qui était au bord de son chemin.

Or qui sont nos prochains? Beaucoup de personnes, mais c’est généralement nos compatriotes.

Bref la conclusion principale que je tire de la parabole du Samaritain est le titre de la prochaine partie:

Notre nationalité n’est pas annulée, elle est subjuguée

Nous ne sommes donc pas dans une logique exclusive du style: si je suis chrétien, je ne suis plus français. La citoyenneté du ciel n’est pas du tout de la même nature que la citoyenneté française. A notre conversion, elle vient s’ajouter, transcender, subjuguer la nationalité française.

Nous sommes français, nous restons pleinement français cela ne change pas. Mais à cette nationalité s’est ajoutée une autre dimension, qui est la « citoyenneté du Ciel ».

Quelle sont les conséquences de ceci?

La plus importante est que nous n’avons pas à nous retirer complètement de la vie de la nation. Au contraire, le deuxième commandement nous pousse à nous y plonger en plein, de proclamer le royaume de Dieu dans cette nation, et de le manifester par la charité, par la proclamation de l’évangile, la création de culture et -oui aussi- la participation à la politique.

Notre nationalité n’est pas un bagage encombrant et inutile: notre nation est le cadre dans lequel Dieu a décidé de manifester son église. Pour accomplir son but et que sa gloire soit plus pesante, il a décidé que des français seraient à lui. Il a élu des français, pas des apatrides.

Les problèmes de notre nation sont aussi les nôtres. De la même façon que nous sommes libérés du péché, mais pourtant toujours pêcheurs, nous ne sommes plus de cette nation, mais nous y participons tout de même. Nous ne pouvons pas baisser la tête, nous enterrer et attendre de meilleurs temps. Les problèmes qui touchent la France toucheront son église tout aussi sûrement.

Nous sommes donc des français chrétiens en exil dans la diaspora de France…

 

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