La Nation est une idée de Dieu

Dans un dernier article, on essayait de définir une nation « de l’intérieur » et nous avons vu la difficulté de cette notion: quel que soit le critère choisi, aucun n’est suffisant. Où se trouve donc l’essence de la nation française? Et si jamais c’était dans la pensée de Dieu?

Une nation est une idée avant tout

Dans l’article d’avant, j’ai examiné toutes les réalités concrètes -politique, ethnie, culture etc- qui pouvaient définir une nation, et j’en suis à arriver à la conclusion que rien de concret ne pouvait définir une nation et donc que son essence était abstraite. En gros, que Nation est une idée avant tout. Ici, je vais essayer de prouver la même chose par un raisonnement différent.

Ce qui caractérise une idée, c’est qu’elle n’interagit avec rien de concret. En jargon de philosophe, on dit qu’elle n’a aucun pouvoir causal. Par exemple l’idée « Justice » ne dépend pas du système pénal français ou des innombrables droits et systèmes de justices présents dans le monde. « Justice » est indépendant de toute manifestation concrète, indépendante de l’espace et du temps même. Est ce que l’objet « Nation » est du même genre?

Voici ce qui m’amène à penser que l’idée de Nation est indépendante du temps et de l’espace. Prenons l’exemple de la nation juive: la civilisation Juive sous Salomon est différente de la civilisation de l’exil, qui est différente de celle d’Esdras et du 2e temple, qui est différente de la civilisation juive médiévale, qui est différente de la civilisation juive moderne caractérisée par l’Etat d’Israël. Il n’y a presque rien de commun entre toutes ces civilisations. Pourtant, il y a un principe, une idée qui traverse toutes ces civilisations et qui nous amène à dire: « voici l’histoire de la nation juive, de Moïse à Nethanyahou. » De même pour la France: de Hugues Capet à Jeanne d’Arc à Louis XIV à la Révolution à Napoléon, à DeGaulle, nous avons conscience d’une continuité historique qui relie tous ces différents peuples appelés « français ». Qu’est ce qui peut faire le lien entre tant de civilisations si différentes, sinon l’idée de « Nation Française »?

Notre intuition d’une continuité historique plaide en faveur de l’existence abstraite de l’idée « Nation ».

Il y a une autre remarque que j’aimerais faire: L’athéisme a du mal avec les nations, tout comme il a du mal avec les abstractions. Historiquement, on remarque que l’athéisme quand il est majoritaire mène à la disparition des nations, soit par globalisation (internationalisme communiste, mondialisation libérale séculière) soit par individualisation (existentialisme, consumérisme…). Qui pourra nier en 2017 qu’au dessus de nos têtes se déroule un combat cosmique entre d’un côté des forces qui nient l’idée même de nation, et d’autres qui au contraire la (ré)affirment? Marine le Pen parlait d’une opposition entre « mondialistes et patriotes », et à mon avis, elle touche juste à ce niveau (sans pour autant me prononcer sur la valeur morale de cette distinction).

Or l’athéisme a une tendance coriace à rejeter toute abstraction. En niant l’existence de Dieu, l’athéisme nie souvent aussi toute dimension non concrète, « tout ce qui dépasse ». Si ce monde concret est la seule réalité ultime, alors on ne peut pas tolérer que des objets abstraits – des idées- existent en dehors. C’est facile à comprendre si vous regardez les néo-athées et leur insistance mystique sur la science, fiable à leurs yeux parce que la science s’occupe uniquement de choses concrètes. Or entre les individus, la famille, la nation et l’humanité entière, qu’est ce qui est concret? Les individus (difficile de faire plus concret que ça) et l’humanité entière, qui est la somme de tous les individus. A l’inverse, la famille et la nation sont deux échelons plus difficile à définir « ici-bas », et qu’on ne peut pas mesurer avec des instruments ou des statistiques. En conséquence, l’athéisme élimine naturellement l’idée de famille et l’idée de nation comme des corps étrangers et superflus.

Si l’athéisme rejette la nation, c’est parce qu’elle est avant tout abstraite. Donc la nation est un objet abstrait!

Une idée est un concept dans la pensée de Dieu

Jusqu’ici on peut dire: et alors? C’est une idée en l’air, si elle existe, elle existe, ca nous mène nulle part. Cette option (platonisme classique) n’est pas possible pour un chrétien. Si Dieu est la réalité suprême, alors comment ce monde d’idées elles aussi éternelles et existant par elle-même vient faire là? La philosophie chrétienne y a répondu de deux façons:

  • Conceptualisme divin: les idées existent, mais elles ne sont que concept dans la pensée de Dieu (et donc dépendants de Lui). C’est une idée initiée par Augustin, et qui encore aujourd’hui a beaucoup de prises dans la communauté évangélique, avec des défenseurs comme Brian Leftow et Greg Welty, et l’assentiment de poids lourds du type Alvin Platinga. Si vous avez bien lu le titre de cette partie, vous avez compris que c’est ici que je me place.
  • Antiréalisme: Les idées, les objets abstraits n’existent pas réellement. Cette vision existe aussi dans la pensée chrétienne, avec Guillaume d’Ockham comme initiateurs, et un autre pan d’académie chrétienne, dont le très influent William Lane Craig. Ce dernier adhère à ce qu’il appelle du « neutralisme »: le fait de dire « nous avons réunion jeudi » est neutre quant à l’existence de l’objet abstrait « jeudi »

Je serais dans de beaux draps, si après avoir prouvé que Nation est une idée abstraite, il s’avère qu’en fait les objets abstraits n’existent pas! La question est bien sûr bien trop grosse pour rentrer dans ce post, alors je serais bref sur pourquoi je ne suis pas convaincu par le neutralisme de William Lane Craig.

Nier l’existence des objets abstraits ne fait pas que remettre en cause l’existence de l’objet « Jeudi » « Rouge » ou « Cercle ». Il n’y a pas trop d’enjeux à dire que finalement Jeudi n’est qu’une façon de parler, et que cela ne veut pas dire qu’un objet abstrait éternel et nécessaire que nous appelons Jeudi existe. Le problème, c’est que dans le monde abstrait, il y a aussi les idées « Famille », « Mariage », « Féminité », « Image de Dieu »… Ces objets-là sont-t-ils eux aussi des façons de parler? Des fictions utiles? C’est précisément ce que soutiennent nos adversaires philosophiques, des partisans du gender à ceux du libéralisme des moeurs, avec le résultat que l’on sait! Ce genre de conséquences est inacceptable, ce serait miner nos propres positions sur des débats comme le mariage étendu aux homosexuels, celui sur les nouvelles familles, ou bien sur l’euthanasie. Signer pour l’anti-réalisme est une concession bien trop importante pour un gain que je trouve insignifiant.

Il y a d’autres positions chrétiennes sur le monde des idées (par ex: le créationnisme absolu) mais elles sont trop mineures pour que je les aborde ici.

Ne pouvant voter pour l’anti-réalisme, et ne pouvant accepter d’autres réalités suprêmes que Dieu, je vote donc pour le conceptualisme divin: toute idée, tout objet abstrait est avant tout un concept dans la pensée de Dieu.

Conclusion

La Nation est un objet abstrait.

Les objets abstraits sont des concepts de Dieu

DONC « Nation » est un concept divin, comme le concept de famille.

Nous verrons dans le prochain article les conséquences colossales que cela implique.

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